En ce samedi, jour de témoignage, j'accueille ma très chère amie Ingrid. Avec sa triple casquette de femme, mère et psychothérapeute, elle se penche sur le sujet tendu de la répartition des tâches.
Une bonne répartition des tâches, clé du bonheur conjugal ???
« Dis, il ne va pas bien ton mec ? Je l’ai vu l’autre jour avec le petit et ça n’avait vraiment pas l’air d’aller fort… »
« Bah ouais, je sais, c’était le jour où il s’occupait de D… tout seul toute la journée, ça le déprime »
Ce jour-là, ma copine et moi, on s’est vraiment demandé si une répartition égale des tâches dans le couple à l’arrivée d’un enfant était vraiment faisable et surtout souhaitable et si les femmes finalement ne gèrent pas mieux que les hommes de passer leur journée avec un petit bout. Maintenant que Petibout a grandi et après avoir lutté pour qu’il ait un papa et une maman tous les deux très présents, je peux dire avec assurance que si, c’est souhaitable, que si, c’est faisable et j’avance même que pour l’équilibre de notre couple c’est primordial.
Ce qu’en disent les études...
1/ L’arrivée d’un enfant est une épreuve difficile pour presque tous les couples : il a été constaté (et ce dans plusieurs études et plusieurs cultures) que l’arrivée d’un enfant est de manière générale accompagné d’un amoindrissement du lien affectif entre les partenaires (Graf, 2002). 92% des couples constatent qu’ils se disputent plus souvent et ont plus de désaccords qu’avant, le sujet principal de discorde tournant autour de la répartition des tâches et du rôle que le parent tient désormais (Cowan & Cowan, 1988).
2/ Il est intéressant de constater que les hommes et les femmes ne vivent pas cette période de turbulences de la même manière : de manière générale, les femmes sont beaucoup plus touchées que les hommes par cette crise. Même celles dont le bonheur conjugal reviendra après une phase d’accommodation traversent une phase difficile, on peut facilement dire que pratiquement toutes les femmes traversent une crise conjugale. Il paraît alors important de savoir si cette crise dure ou si elle est surmontée au bout de quelques mois. Les maris, eux, mettent plus de temps à réagir que les femmes (réagissent-ils à l’insatisfaction de leur partenaire ?). Pour une majorité, le bonheur conjugal reste stable même s'il est moindre après l’arrivée du bébé. Quant à ceux qui ne sont plus satisfaits de leur couple, on observe non pas une crise mais plutôt une diminution lente et constante de leur bonheur conjugal (Cowan et al. 1985; Reichle, 1994).
Attention toutefois, les tendances rapportées ne sont que des moyennes, cela veut dire qu’il y a des couples qui ne correspondent pas du tout à ce schéma-là et que l’on ne peut heureusement pas mettre le vécu de chacun dans une case.
3/ Toutefois, il semble intéressant de souligner que plus les femmes s’occupent de leur(s) enfant(s), plus le mari est insatisfait (Levi-Shiff, 1994). Le soutien que les partenaires s’apportent mutuellement quant à la prise en charge du/des enfant(s) est un prédicteur fiable de leur félicité conjugale future. De manière générale, il ressort de ces études que la traditionalisation des rôles - qui est souvent le résultat de la répartition mère au foyer / père qui travaille - est un facteur décisif pour le bonheur du couple (Graf, 2002). L’indépendance des partenaires et la présence d’un lien affectif positif semblent être les deux facteurs qui différencient le plus les couples heureux des couples qui rencontrent des problèmes.
Mon avis perso…
Même si tous ces chiffres peuvent paraitre inquiétants pour un couple sans enfant, personnellement ils m’ont aidée. De savoir que ça valait vraiment le coup de faire des efforts pour que le papa s’occupe le plus possible de son enfant, de voir que nous n’étions pas les seuls à avoir des difficultés, de savoir plus ou moins ce qu’on pouvait faire pour améliorer la situation. Finalement, nous avons décidé de favoriser les thèmes comme l’indépendance de chacun dans le couple pour que chacun - malgré la présence d’un enfant - puisse continuer à faire les choses qui lui plaisait. En ce qui concerne une répartition égale des tâches, je crois que chaque couple doit trouver son rythme et j’ai bien conscience que bien souvent un des deux parents arrête de travailler ou qu’un des deux parents est plus en charge des enfants que l’autre. Je crois que le problème ne réside pas tant dans une répartition 50/50 des tâches mais dans le fait que les deux assument la présence des enfants et que personne ne se sente lésé. J’ai observé beaucoup de modèles différents : il y a des couples qui font une répartition selon les jours (aujourd’hui je me lève tôt, demain c’est toi, aujourd’hui je fais la cuisine et toi tu douches les petits et demain on échange), il y a des couples qui s’organisent selon ce qui plaît a chacun (je donne le bain / tu donnes a manger ; je fais la cuisine / tu fais le ménage…).
Les papas ne se rendent pas compte que, pour eux aussi, il ressort un bénéfice immense dans le fait de s’occuper plus de leurs enfants : pour leur relation de couple (!), pour la joie qu’ils pourront éprouver à construire une vraie relation avec leur(s) enfant(s) et dans le fait de ne pas se sentir exclu du noyau mère-enfant. Bien entendu, c’est seulement possible si la mère le permet aussi. Je vois tellement de mamans qui se plaignent de ne pas recevoir suffisamment d’aide mais qui ne laissent jamais le papa s’occuper pleinement de ses enfants. Soit par possessivité, soit par un désir de contrôle absolu sur tout ce qui touche à l’enfant. Mais est-ce vraiment primordial que les chaussettes jaunes soient assorties a la chemise ? Je crois qu’il faut s’entendre sur les choses primordiales et laisser le reste. Ou si vraiment on ne peut pas s’empêcher de s’immiscer alors plutôt quitter la scène, aller se promener, car sinon on se met soi-même des bâtons dans les roues.
Pour le mot de la fin, si je demande au papa s’il y a un témoignage qu’il veut laisser, il dit ceci : « Il faut absolument que les papas dès la naissance apprennent à s’occuper tout seul et régulièrement de leurs enfants. Pas seulement pour aider la maman, pas seulement pour le lien affectif qu’ils construisent avec leur enfant (même si ces deux facteurs sont importants) mais aussi pour se rendre compte que s’occuper d’un bébé c’est EPUISANT ! Si je n’avais pas dû le faire moi-même, je n’aurais pas pu comprendre comment à la fin de la journée on n’a pas réussi à se doucher, à se faire à manger, à ranger la maison et pourquoi on est aussi fatigué… Au début, ça a été difficile pour moi mais une fois que le bébé a eu quelques mois et que j’ai pu vraiment interagir avec lui, ça a été super ! ».


