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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 07:00

macaron (2) Mon premier accouchement a été très rapide (deux heures de la perte des eaux à la naissance), je n'ai donc pas eu la péridurale. Je suis fière de ce que j'ai accompli ce jour-là mais je me souviens d'un moment de grand désespoir. J'ai crié que je n'y arriverais jamais, que j'allais mourir... Il était trop tard pour avoir la péridurale pourtant j'aurais bien aimé l'avoir à ce moment-là. J'ai longtemps cru que j'avais été faible (non pas de demander la péridurale mais de perdre espoir) et puis, je suis tombée sur un article évoquant la "phase de désespérance". Michel Odent explique ce phénomène dans son article : Le réflexe d'éjection du foetus et l'art de la sage-femme :

 

 

Il est facile reconnaître un réflexe typique d'éjection du fœtus. Il peut être précédé par une crainte soudaine et transitoire exprimée en manière irrationnelle (« Tuez-moi », « Laissez-moi mourir », etc...). Dans une telle situation la plus mauvaise attitude serait de rassurer avec des mots. Cette expression courte et transitoire de la crainte peut être interprétée comme le (bon) signe d'une augmentation spectaculaire de dégagement hormonal, y compris l'adrénaline. Il devrait être immédiatement suivi d'une série de contractions irrésistibles. Pendant les dernières contractions puissantes la mère-en-devenir semble être soudain pleine d'énergie, avec une envie d’attraper quelque chose.

 

 Pour compléter, j'ai trouvé un autre article de Carine Phung : La phase de désespérance : une étape physiologique.

 

Juste avant la sortie du bébé, la femme éprouve souvent une très grande angoisse, et parfois même une peur panique de mourir. À ce moment-là, il ne sert à rien de proposer des interventions médicales (péridurale, forceps), ni même de chercher à raisonner la future maman. Cette phase se résoudra de toute façon d’elle-même, par la naissance du bébé.

 

[...] Que faire alors devant une femme qui crie qu’elle va mourir et/ou qui supplie de lui donner la péridurale ou encore qu’on lui ouvre le ventre ? Bernard Bel, membre du CIANE4, raconte : “Suzanne de Béarn, sage-femme aujourd’hui décédée, me disait que beaucoup de femmes ont la sensation qu'elles vont mourir, juste avant l'expulsion, et qu'il ne faut surtout pas chercher à les rassurer ! À son avis, à la lumière de son expérience de plus de 2 000 accouchements, il fallait laisser se faire le processus. Les réactions de peur, ou parfois d'une extrême agressivité, sont plutôt "bon signe".

 

[...] Chloé R.-C., accompagnante à la naissance au Québec, connaît bien cette phase. Elle raconte : “ce que vous appelez la « phase de désespérance », nous l'appelons la « période de transition » (un peu moins décourageant n'est-ce pas ?).  Effectivement, cette phase survient au maximum 20 minutes avant la venue du réflexe de poussée. C'est le moment le plus intense de l'accouchement, mais le plus court. C'est le moment où l’on peut dire : « Tu a l'impression que ça ne peut pas être pire ? Je te garantis que ça ne le sera pas, tu es arrivée, tu vas bientôt te préparer à pousser... » Le bébé termine sa descente, le col termine sa dilatation.  Habituellement, à ce moment, les respirations profondes n'arrivent plus à détendre et les respirations légères deviennent plus appropriées pour dégager l'utérus en gardant le diaphragme en hauteur. Enfin, c'est le moment de recentrer la mère sur son bébé, pour qu'elle reprenne contact avec les raisons de cette douleur. Souvent elle est aveuglée par ce qui se passe et oublie qu'au bout de ce tunnel viendra au monde son enfant qui travaille présentement aussi fort qu'elle.”

Ce type d'accompagnement serein, par une personne qui connaît bien cette phase, ne peut qu'être une aide précieuse pour la future mère, et appréciée par le futur père.

 

Quand je repense à mes deux accouchements, je ne vois plus ce moment comme une faiblesse ou une tragédie mais comme un passage obligé annonciateur d'un grand bonheur. Il serait bon qu'on soit mises au courant... avant de le vivre.

Publié dans : Mère, Mama, Maman... - Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
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Commentaires

ma sage femme m'avait préparé a cette peur irraisonnée, du coup quand j'ai accouché j'ai pensé à elle au moment ou j'ai pensé ne jamais y arriver, et j'y suis arrivée!
Commentaire n°1 posté par FoxyMama le 18/05/2012 à 11h27

Bravo ! C'est un bel exemple de l'intérêt qu'il y a à connaître cette phase !

Réponse de Clem la Matriochka le 24/05/2012 à 20h40
foxymama est une vraie veinarde... si j'avais été prévenue, et bien je pense que j'aurais désespéré quand même, par contre je n'aurais pas raconté à qui voulait l'entendre (et pendant sept ans...) que j'ai failli mourir ce jour là. J'ai l'air malin maintenant.
Commentaire n°2 posté par tatiana le 18/05/2012 à 13h31

Tu me fais rire ! (désolé...) Maintenant, tu peux donc raconter que, alors même que tu allais mourir, tu as donné tout ce que tu avais et mis au monde un, puis deux, puis trois enfants ! 

Réponse de Clem la Matriochka le 24/05/2012 à 20h45
C'est clair, c'est une information importante !
Ceci dit, j'étais très au courant de cette histoire de phase de desesperance avant l'accouchement (et même avant ma grossesse !), et pour autant, ça ne m'a pas empeché de la vivre intensément, et du coup de ne pas la reconnaitre comme tel sur le moment ! L'adrenaline a fait son boulot, et ça ne rend pas serein...
Au moins, savoir tout ça permet d'amoindrir, dans l'après-coup, le côté traumatisant de la chose.
Commentaire n°3 posté par Nima le 18/05/2012 à 17h22

Oui, c'est vrai que ça n'aide pas forcément à moins souffrir mais on sait que c'est une phase nécessaire ! Il faut que le père le sache et le rappelle à sa femme à ce moment précis.

Réponse de Clem la Matriochka le 24/05/2012 à 20h48
Pour mes deux accouchements, j'ai eu la péridurale. Je n'ose imaginer cette phase, puisque déjà je n'en pouvais plus alors que je n'étais qu'à mi chemin dans la dilatation. Si un jour je devais avoir un troisième enfant (ce dont je doute), j'aimerais me surpasser et tenter cette expérience de l'accouchement sans péridurale.
Commentaire n°4 posté par Madame Moustick le 18/05/2012 à 21h48

C'est une expérience tout à fait incroyable en effet ! Mais au final, on donne toutes naissance, phase de désespérance ou pas !

Réponse de Clem la Matriochka le 24/05/2012 à 21h05
En effet, ça déculpabiliserait pas mal de mères, j'en suis sûre! C'est très intéressant!
Par contre, sous péri, je n'ai pas senti cette phase, j'imagine que sans la douleur, on n'a pas les mêmes sensations...
Commentaire n°5 posté par LMO le 19/05/2012 à 08h31

Oui je pense aussi, ce doit être la douleur qui dicte ce sentiment de désespoir. Je ne me suis pas penchée sur la question mais ça serait intéressant. 

Quand je l'ai appris, je me suis sentie un peu mieux restrospectivement. 

Réponse de Clem la Matriochka le 24/05/2012 à 21h14
Je me souviens encore de cette phase.
Je harcelais les sages-femmes en desperant que le petit pointe le bout de son nez et que j'y arrive, le tout en pleurant bien évidemment!
Si j'avais su, j'aurais été plus heureuse de ce desespoir!
Commentaire n°6 posté par Emilie le 01/06/2012 à 07h18

Peut-être que tu aurais été encore très désespérée mais effectivement, ça aurait pu t'aider un peu, un coup de pouce !

Réponse de Clem la Matriochka le 01/06/2012 à 17h03
 
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